Dynamique morphosédimentaire, cinématique et scénarios prospectifs du trait de côte entre la Petite-côte et le Delta du Saloum (Sénégal) : implications environnementales et socioéconomiques
Abstract
Le littoral sénégalais, de la Petite-Côte au delta du Saloum, est caractérisé par une dynamique
morpho-sédimentaire marquée, résultant de l’interaction entre forçages marins (houle, marée,
élévation du niveau de la mer) et pressions anthropiques croissantes. Cette thèse a pour objectifs
d’analyser la cinématique du trait de côte, d’identifier les principaux déterminants hydro-
sédimentaires, d’évaluer les implications environnementaux et socio-économiques de l’érosion
côtière, ainsi que d’examiner les trajectoires d’adaptation à partir de projections spatialisées.
La méthodologie adoptée repose sur une approche intégrée combinant l’analyse diachronique
d’images satellitaires Landsat (1973-2024), traitées à l’aide de l’outil DSAS (indices EPR et
LRR), une caractérisation granulométrique normalisée (NF EN 12620) sur des sites
représentatifs (Mbour, Djiffer, Béttenty), l’exploitation de données bathymétriques et
topographiques incluant la profondeur de fermeture au sens d’Hallermeier, l’intégration de
scénarios AR6/SSP d’élévation du niveau marin, ainsi que des enquêtes et entretiens de terrain.
Les résultats mettent en évidence une tendance régionale dominante à l’érosion, avec une
vitesse moyenne de recul du rivage estimée à -1,69 m/an et des valeurs extrêmes atteignant -
11,6 m/an sur certains tronçons fortement exposés (entre Mbour et Pointe Sarène, Palmarin,
Djiffer, Niodior, Béttenty). À l’inverse, des secteurs localisés d’accrétion subsistent,
notamment en contexte de mangroves actives, avec une moyenne d’environ 1 m/an. Les plages
sont majoritairement constituées de sables fins à moyens, tandis qu’un enrichissement local en
fractions plus grossières en profondeur traduit des conditions hydrodynamiques énergétiques.
Les projections aux horizons 2055, 2075 et 2100, fondées sur un cadre hybride intégrant les
tendances LRR, l’élévation du niveau marin et le contrôle hydrodynamique, confirment la
poursuite du recul côtier et permettent de produire des cartes d’exposition assorties d’intervalles
d’incertitude, utiles à la hiérarchisation des actions de gestion. Sur les plans environnemental
et socio-économique, l’érosion engendre un rétrécissement des plages, une dégradation des
dunes et de la végétation littorale, une salinisation accrue, ainsi que des dommages aux habitats,
aux infrastructures et aux activités clés (pêche artisanale, tourisme, agriculture littorale).
L’analyse des stratégies d’adaptation montre que les interventions publiques sont globalement
jugées plus efficaces que les initiatives individuelles, malgré leur caractère hétérogène et parfois
générateur de transferts de risque. La thèse propose en réponse une trajectoire d’adaptation
basée sur la combinaison de solutions fondées sur la nature, d’ouvrages souples à faible impact,
de zones de recul opposables et d’une gouvernance intercommunale appuyée par un suivi-
évaluation structuré. Les limites méthodologiques, liées notamment aux approximations des
tendances et aux lacunes de données bathymétriques et de houle, plaident pour un monitoring
instrumenté afin d’améliorer les diagnostics et d’orienter durablement l’aménagement.
