| dc.description.abstract | Ce travail se veut une double contribution. La première est une série d’histoire de vies de chérifs
Aïdara, tous venus de la Mauritanie, pour s’installer en Casamance et y propager, par l’éducation
et la persuasion l’islam pacifique ou l’islam soufi. La deuxième contribution est relative à
l’impact de la geste religieuse Haïdara sur la Casamance.
Ces différentes familles ont connu un succès remarquable, parvenant à intéresser des milliers de
musulmans attirés par les méthodes éducatrices et de purification pratiquées par les soufis, par la
perspective de créer de nouvelles relations sociales, par le désir de vivre à l’ombre du maître et
de pratiquer le culte des saints, autour desquels s’est développée une véritable religiosité
populaire. En outre, ces familles à travers le soufisme, ont joué un rôle décisif dans la diffusion
de l’Islam en Casamance, au-delà des frontières atteintes par les conquêtes des premiers
marabouts guerriers comme Fodé Kaba. Le soufisme était ouvert à toutes les couches de la
population. Loin d’être un courant religieux élitiste, la mystique de l’islam était avant tout une
affaire de masse. Elle n’est qu’un moyen de se purifier l’âme en vue de la rencontre de Dieu et
par la souplesse convaincre les couches de la population de se convertir à l’islam sans contrainte.
Les familles chérifiennes optent pour la méthode soufie pour se faire accepter par la population
jadis foncièrement attachée à la religion traditionnelle. « Les confréries soufies autorisent
l’Afrique noire à avoir ses propres saints, rendirent ainsi possible une expansion de l’islam bien
au-delà des avant-postes arabes au sud du Sahara…et firent que les Africains noirs pouvaient
devenir, dans les faits sinon dans la doctrine, leurs propres maitres dans leurs propres maisons
de l’islam. » 296
Depuis quelques décennies, de nombreuses régions d’Afrique surtout subsaharienne connaissent
un développement des mouvements djihadistes, notamment al-Qaïda au Maghreb islamique
(Aqmi) dans la région sahélo-saharienne, Boko Haram dans la région du lac Tchad, Al-Shabaab
dans la Corne de l’Afrique, Ansar al-Sharia et l’organisation État islamique (EI) dans la région
du Maghreb. Ces groupes ont mené de nombreuses attaques terroristes à l’origine de dizaines de
milliers de victimes et du déplacement de millions de personnes. Le retour à l’islam noir dont
fait allusion Jean loup Amselle dans la préface de son ouvrage « Islams africains : la préférence
soufie » est peut-être une alternative à la montée en puissance de l’islam radical. « La préférence
accordée à l'islam soufi, islam supposé pacifique, dans sa variante africaine, c'est-à-dire "noire",
n'est que le nouvel avatar du primitivisme à l'âge du djihadisme. Le primitivisme, qui a fait de
l'Afrique le continent du fétichisme à l'époque de la traite des esclaves, l'a ensuite caractérisé
sous la colonisation comme le havre de l'"islam noir" et actuellement comme celui de l'islam
soufi... Islam noir, Islam soufi : islams pacifiques ? »297 l'islam soufi, en tant que contre-feux à
l'islam radical, les pouvoirs africains et les puissances étrangères qui interviennent sur le
continent entendent le renforcer en organisant une "déradicalisation" du personnel musulman
ouest-africain dans d'autres pays, comme la Lybie, soumis également à la menace salafiste,
wahhabite ou djihadiste. L'islam soufi apparaît ainsi, en définitive, comme la variante
postcoloniale de l'"islam noir". Le défi des Etats de l’Afrique subsaharienne est de trouver
l’équilibre entre les variantes de l’islam opposée certes, mais conciliables pour une pacification
de l’espace ouest-africains. | en_US |