Variabilité pluviométrique et pratiques rizicoles dans le Balantacounda (Moyenne-Casamance, Sénégal)
Abstract
Le Balantacounda, localisé au sud de la Moyenne-Casamance et jouxtant la frontière avec la
Guinée-Bissau, constitue une entité historico-géographique singulière au sein de la Casamance.
Sa position stratégique, combinée à des potentialités naturelles favorables, a historiquement
encouragé l’installation de populations dont les systèmes de production agricole sont
étroitement articulés aux contraintes et aux ressources du milieu. Les techniques locales
d’aménagement rizicole, caractérisées par une ingéniosité remarquable, ont ainsi contribué à la
structuration d’un système agraire original, fortement marqué sur les plans social, économique
et identitaire. La présente étude se propose d’analyser les effets de la variabilité pluviométrique
sur les pratiques rizicoles du Balantacounda, ainsi que les stratégies d’adaptation mises en
œuvre par les communautés locales face aux mutations environnementales. L’approche
méthodologique adoptée repose sur une combinaison de revue documentaire, d’outils de la
géomatique et d’enquêtes de terrain. Les analyses portent notamment sur le découpage du
territoire balant en secteurs, l’organisation des sous-bassins versants, la spatialisation des
espaces rizicoles, ainsi que le fonctionnement hydrologique du fleuve Casamance et de ses
vallées, en saisons sèche et pluvieuse. Les résultats mettent en évidence une baisse marquée de
la pluviométrie sur la période 1968-2019, suivie d’une légère reprise à partir des années 2000.
Cette dynamique climatique traduit une transition d’un régime climatique caractérisé par des
pluies abondantes et régulières vers un régime où les précipitations restent présentes mais moins
importantes, plus irrégulières ou plus concentrées dans le temps, accompagnée de profondes
transformations environnementales. Celles-ci se manifestent notamment par la diminution des
débits des marigots, la salinisation progressive des rizières et une régression significative des
superficies rizicoles, passées de 4 009,49 ha en 1972 à 2 600,84 ha en 2022, soit une perte de 1
408,65 ha. Face à ces perturbations, les populations locales ont développé un ensemble de
stratégies d’adaptation visant à maintenir la production rizicole et la fonctionnalité des systèmes
agraires. Celles-ci incluent la construction de digues anti-sel et de retenues d’eau douce, la mise
en place de dispositifs de déviation du ruissellement (piquets, sacs de sable, tranchées),
l’introduction de variétés de riz à cycle court et tolérantes à la salinité, ainsi que le recours accru
aux intrants agricoles (engrais, produits phytosanitaires) et à la mécanisation. Bien que ces
pratiques demeurent limitées par des contraintes techniques et financières, elles traduisent la
capacité de résilience et d’adaptation des systèmes agraires du Balantacounda face aux aléas
climatiques et environnementaux.
