Les innovations dans la pratique de l’arboriculture fruitière en Basse Casamance : stratégies des acteurs et recompositions socio-spatiales
Abstract
En Basse Casamance, l’arboriculture fruitière, longtemps considérée comme une activité de subsistance, s’est progressivement transformée en une filière commerciale pratiquée à toutes les échelles — ménage, famille, village et communauté. Cette évolution s’inscrit dans un contexte marqué par une variabilité pluviométrique accrue, la salinisation des vallées rizicoles et la nécessité, pour les populations rurales, de trouver des alternatives à la crise rizicole.
Dans ce cadre, ce travail de recherche vise à comprendre l’implication des différents acteurs dans le choix des nouvelles pratiques arboricoles et à identifier les recompositions socio-spatiales qu’elles engendrent en Basse Casamance. À travers des enquêtes de terrain (questionnaires, guides d’entretien), l’analyse cartographique et l’observation directe et participante, nous avons analysé les innovations arboricoles mises en oeuvre et les dynamiques socio-spatiales qui en résultent.
Les résultats montrent que les exploitants innovent en adoptant des espèces résilientes, des technologies modernes, des pratiques diversifiées ainsi que de nouvelles méthodes de commercialisation pour renforcer la productivité et la compétitivité de leurs exploitations. La diffusion de ces innovations s’opère par migration et par voisinage, soutenue par la qualité des cultures produites et par l’accès aux marchés.
Ces transformations entraînent d’importantes recompositions socio-spatiales, caractérisées par l’expansion des exploitations arboricoles, l’évolution des modes de gestion foncière, la diversification des revenus et l’émergence de nouvelles dynamiques économiques et formes d’organisation rurales. Cette étude contribue à une meilleure compréhension des logiques d’innovation agricole en Afrique rurale en montrant comment les paysans s’approprient et adaptent les pratiques arboricoles face aux contraintes agroclimatiques, économiques et foncières. Elle offre, enfin, des perspectives utiles pour l’élaboration de politiques publiques en faveur d’un développement rural durable.
