Évaluation de la qualité des écosystèmes aquatiques des aires de conservation de biodiversité de la Casamance (Sénégal)
Abstract
L’estuaire de la Casamance souffre depuis plusieurs décennies d’un déficit de données
scientifiques, en particulier sur la qualité de l’eau et des ressources aquatiques. Or, l’exploitation
pétrolière au large des côtes sénégalaises impose une évaluation rigoureuse des
enjeux écologiques et sociaux associés. Cette étude établit une situation de référence sur
la qualité de l’écosystème estuarien et évalue la probabilité de présence et le temps de
parcours de particules de pétrole jusqu’à l’embouchure en cas de déversement accidentel sur
la plateforme Sangomar offshore. Un suivi saisonnier (2022-2023) a été réalisé sur la qualité
physico-chimique de l’eau, la contamination du biote (le poisson Sarotherodon melanotheron
et l’huître Crassostrea gasar) et des sédiments par les métaux lourds (Cd, Pb, Hg) et les
hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Les échantillons d’eau ont été analysés par
spectrophotométrie afin de déterminer les concentrations en éléments minéraux (sulfates,
nitrates, nitrites, ammonium et phosphates). Les concentrations en métaux lourds ont été
mesurées par spectrométrie d’absorption atomique (AAS), tandis que les HAP ont été dosés
par la méthode QuEChERS couplée à une analyse par GC-MS. Parallèlement, la vulnérabilité
de l’estuaire aux pollutions accidentelles a été évaluée à partir des rétro-trajectoires de
particules passives (2010-2019) avec le modèle ROMS-Offline, complétées par une simulation
lagrangienne « forward » avec Ichthyop. Les résultats indiquent une bonne qualité globale
de l’eau, malgré des teneurs élevées en sulfates. L’analyse des métaux lourds a montré
que seuls le Cd et le Pb sont détectés dans le biote et les sédiments, avec des variations
saisonnières. Le Cd dans S. melanotheron (0,07 mg/kg) dépasse la norme européenne (0,05
mg/kg), tandis que les teneurs en Cd et Pb dans C. gasar restent inférieures aux seuils
réglementaires. L’évaluation du risque sanitaire (THQ) indique une absence de danger
pour la consommation humaine. Dans les sédiments, les concentrations en Cd, Pb et HAP
demeurent en dessous des seuils écotoxicologiques. Enfin, la modélisation met en évidence
une probabilité notable (jusqu’à 20 %) de connexion entre la plateforme de Sangomar et
l’estuaire en fin de printemps-début d’été (mai-juillet), soulignant une exposition accrue
aux déversements accidentels durant cette période.
