Caractérisation des pratiques agricoles en lien avec l’émergence et/ ou la réémergence des zoonoses : Cas de la Région de Kédougou (Sénégal)
Abstract
Au Sénégal, l’agriculture mobilise plus de 60 % de la population active et constitue la
principale activité des ménages dans la région de Kédougou, où 81 % pratiquent l’agriculture
pluviale. Cependant, certaines pratiques agricoles, lorsqu’elles sont mal maitrisées, peuvent
entraîner des perturbations écologiques favorisant l’émergence ou la réémergence des
zoonoses, des maladies infectieuses transmises de l’animal à l’homme. La présente étude s’est
ainsi fixée pour objectif général de contribuer à une meilleure connaissance des pratiques
agricoles en lien avec l’émergence et/ou la réémergence des zoonoses dans la région de
Kédougou. L’approche méthodologique utilisée repose sur des entretiens semi-structurés
auprès des services techniques et sanitaires, ainsi que sur une enquête individuelle menée
auprès de 155 chefs de ménages agricoles. L’analyse des données, incluant une analyse de
fréquence et une Analyse des Composantes Multiples (ACM) couplée à une Classification
Ascendante Hiérarchique (CAH), a permis d’apprécier les caractéristiques socioéconomiques
de ces ménages, les pratiques agricoles dominantes et d’identifier celles en lien avec les
zoonoses. Les résultats révèlent la prédominance d’un système pluvial et, de façon plus
localisée, d’un système irrigué. Les pratiques les plus courantes incluent le brûlage (62 %), le
débroussaillage sélectif (54 %), l’usage d’engrais chimiques (48 %) et de fumier (44 %), le
semis manuel (73 %), la jachère (39 %) et la rotation culturale (36 %). Des maladies telles que
la Fièvre de la Vallée du Rift (2,83 %), la tuberculose bovine (9,43 %), le charbon bactéridien
(23,58 %), la grippe aviaire (14,15 %), la trypanosomose (3,77 %), la fasciolose (0,94 %), la
rage (1,89 %) et la fièvre aphteuse (19,81 %) ont été rapportées dans la zone d’étude par les
chefs de ménages agricoles. L’ACM associée à la CAH a permis d’identifier deux groupes. Le
premier groupe, situé en zones minières, pratique une agriculture pluviale. Leurs pratiques,
telles que l’aménagement des cuvettes ou le débroussaillage total suivi de brûlis, sont
associées à des zoonoses comme la rage et la Fièvre de la Vallée du Rift. Le second groupe est
composé de chefs de ménages situés dans des zones à fort potentiel agricole, en lisière de parc
et de la Réserve Naturelle Communautaire (RNC), en zone montagneuse et frontalière. Dans
ce groupe, l’agriculture est à la fois pluviale et irriguée. Des pratiques telles que l’utilisation
des champs de brousse, la nouvelle défriche, l’irrigation, l’utilisation de matière organique et
l’élevage semi-extensif pour la traction animale sont associées à des zoonoses comme la
fasciolose, la bilharziose, la fièvre aphteuse et la trypanosomose.
