Variabilité et changement hydro-climatiques dans le bassin versant de la Sandougou (Sénégal)
Abstract
En Afrique de l’Ouest, la baisse des précipitations observée depuis les années 1970 contraste
avec l’augmentation récente des inondations, révélant un paradoxe climatique. Cette étude,
centrée sur le bassin versant de Sandougou au Sénégal, analyse la variabilité hydroclimatique
passée (1985–2014) et future (2015–2100) à partir de plusieurs sources de données : les
précipitations satellitaires CHIRPS (Climate Hazards Group InfraRed Precipitation with Station
data), les températures CHIRTS (Climate Hazards Group InfraRed Temperature with Station
data), les projections climatiques du CMIP6 (Coupled Model Intercomparison Project Phase 6),
ainsi que le modèle hydrologique HMF-WA (Hydrological Modeling Framework for West
Africa). Trois scénarios socio-économiques SSP (Shared Socioeconomic Pathways) ont été pris
en compte : SSP1-2.6 (durable), SSP2-4.5 (intermédiaire) et SSP5-8.5 (pessimiste). L’analyse
repose sur quelques indicateurs clés : le SPEI, calculé à différentes échelles (3, 6 et 12 mois),
pour identifier les sécheresses en intégrant précipitations et évapotranspiration et les écarts
thermiques journaliers, révélateurs des dynamiques de chaleur influant sur l’évaporation et la
disponibilité en eau.Les résultats montrent que les modèles CMIP6 reproduisent bien la
saisonnalité des pluies (avec un pic en août), mais surestiment les volumes, notamment dans le
nord (+60 à 80 mm) et près de 100 mm au sud. Le réchauffement est assez important, en
particulier pour les températures minimales (+2 à +4 °C), ce qui accentue l’évaporation et le
stress hydrique.Sur le plan hydrologique, les débits à l’exutoire de Makacolibantang ont
diminué (de 25,15 à 23,19 m³/s entre 1985–1994 et 2005–2014). Le nord du bassin a connu des
sécheresses météorologiques (1990–1996, 2007), tandis que le sud a été touché par des
sécheresses agricoles et hydrologiques sévères (2003). Les projections futures indiquent une
baisse progressive des précipitations, particulièrement marquée sous le scénario SSP5-8.5
(jusqu’à -133,95 mm au sud), un réchauffement pouvant atteindre +4,8 °C en saison sèche, une
augmentation de l’amplitude thermique (>19 °C en avril), ainsi qu’une forte réduction des
débits (-24,21 m³/s). Le nord serait exposé à une instabilité pluviométrique, tandis que le sud
subirait des sécheresses prolongées dans le scénario le plus pessimiste.
